COVID-19 et situation pénitentiaire fédérale au Québec : une catastrophe à l’horizon

18 mai 2020

Au cours du dernier mois, le SESJ s'est efforcé de mettre en lumière les défis auxquels notre personnel a été confronté dans plusieurs établissements du Service correctionnel du Canada, notamment à Port Cartier, à Mission et au Centre Fédéral de Formation. Dans les semaines à venir, le SESJ prévoit partager d’autres communications au sujet de l'impact de ces défis sur les employé-e-s de première ligne, sur ce qui fonctionne actuellement et sur ce qui doit être amélioré pour assurer la sécurité de nos membres.

Le SCC doit prioriser des mesures sanitaires adéquates pour protéger ses employé-e-s, les détenu-e-s, et le public en général

Le 11 mai 2020 (Ottawa) La section du Québec du Syndicat des employé-e-s de la Sécurité et de la Justice (SESJ) dénonce des mesures inadéquates de prévention et de sécurité des employé-e-s pénitentiaires et des délinquant-e-s dans les pénitenciers du Québec et craint qu’une catastrophe se dessine à l’horizon.

« Cette crise mondiale de la COVID-19 n’épargne personne et le milieu carcéral et de transition est particulièrement propice à la contamination des personnes s’y trouvant, employé-e-s et comme délinquant-e-s, » de déclarer Karine Kergoat et Andréanne Samson, membres québécoises du Syndicat des employé-e-s de la Sécurité et de la Justice (SESJ) et respectivement vice-présidente régionale pour le Québec (SCC) et présidente locale, district Montréal Métro (SCC – communautaire – CLCC).

« Nous recevons des témoignages quotidiennement de consœurs et confrères que notre employeur, le Service correctionnel du Canada, ne réalise pas à quel point la situation est catastrophique et doit en faire plus pour protéger ceux qui travaillent et résident en établissement, » de poursuivre les représentantes.

Les établissements carcéraux fédéraux se voient confiés des détenu-e-s purgeant des peines fédérales d’emprisonnement conformément à la loi.Elles ou ils sont évalué-e-s dès leur arrivé-e-s dans le système carcéral fédéral et dirigés-e-s vers l’établissement approprié selon leur niveau de risque, de dangerosité et de besoin.Une crise sanitaire telle que la pandémie mondiale de la COVID-19 augmente le facteur de risque de gestion des détenu-e-s dans les pénitenciers dû à son incidence sur le niveau de stress et d’anxiété sur ceux-ci, facteur aggravant lorsqu’il est combiné à des circonstances déjà difficiles.

De plus, un retour à un fonctionnement normal précipité, tel qu’il serait envisagé par l’administration du Service correctionnel du Canada, mènerait également à un assouplissement trop hâtif des mesures et protocoles reliés à la gestion de la COVID-19 tandis que la crise bat toujours son plein.Le risque de transmission se verrait augmenté avec le retour de toutes et tous les employé-e-s en établissement.

« Nos consœurs et confrères agentes et agents de libérations conditionnelles et autres employé-e-s du Service correctionnel du Canada sont confronté-e-s à un environnement de travail dangereux et propice à la contamination communautaire à l’extérieur des établissements en vertu de sa forte concentration de personnes infectées par la COVID-19 et des mesures sanitaires insuffisantes qui sont appliquées, » de poursuivre les représentantes.

Par exemple, plusieurs employé-e-s du SESJ ont rapporté que jusqu’à très récemment, c’était les détenu-e-s, avec seulement une formation de base en nettoyage de surfaces, qui étaient responsables du nettoyage des lieux de vie et de travail en établissement correctionnel.

Au début de la crise de la COVID-19, au lieu d’augmenter son personnel des services en établissement et de faire appel à des experts pour les former sur la désinfection de ce virus particulier, le SCC a préféré ordonner à des employé-e-s de d’autres départements de précéder au nettoyage. Ces employé-e-s s’y sont prêté-e-s avec toute la conscience professionnelle qu’on leur connait même si cela ne fait pas partie de leur responsabilités. Vu l’ampleur de la propagation dans les établissements du Québec, nous croyons que le nettoyage des surfaces n’est pas suffisant, il faudrait plutôt désinfecter plusieurs fois par jour.

« Notre employeur a une obligation à la protection du public et tout ce qui se déroule au Service correctionnel du Canada en matière de prévention et de lutte à la COVID-19 doit être bonifié.Tandis que les gouvernements du monde entier remuent ciel et terre pour endiguer la crise sanitaire, l’administration du SCC doit cesser d’être en réaction et doit se mettre en proaction d’ici la fin de la pandémie pour protéger ses employé-e-s et le public en général, » de conclure Karine Kergoat et Andréanne Samson au nom du SESJ.

DEMANDES URGENTES AU SCC

Compte tenu de cette situation grave et sans précédent, le SESJ demande urgemment au Service correctionnel du Canada de mettre en place les mesures impératives suivantes, afin de prioriser la santé et la sécurité des employé-e-s et des détenu-e-s :

1) Divulguer son plan d’action concernant la gestion de la COVID-19 dans chaque établissement fédéral, chaque bureau de libération conditionnelle et chaque centre correctionnel communautaire, particulièrement là où il y une éclosion, comme c’est le cas au Centre Fédéral de Formation à Laval.

2) Effectuer des dépistages de la COVID-19 pour tous, employé-e-s et détenu-e-s, dans les établissements fédéraux, dans les bureaux de libération conditionnelle et dans les centres correctionnels communautaires où il y une éclosion, peu importe la présence de symptômes ou pas. Selon nos employé-e-s, seulement celles et ceux qui présentent des symptômes clairs sont soumis à un test de dépistage pour la COVID-19.

3) Ne pas précipiter un « retour à la normale », incluant les droits de visites de personnes de l’extérieur, tant et aussi longtemps que la gestion des cas de la COVID-19 ne soit pas complètement sous contrôle dans l’établissement en question, et que de mesures claires de prévention soient mises en place et bien communiquées à tous les employé-e-s et les détenu-e-s.

TÉMOIGNAGES

« Nous travaillons au Centre Fédéral de Formation à Laval, là où je suis le président local. Notre pénitencier est le plus touché au Québec avec plus de 103 délinquants et plus de 22 employé-e-s confirmé-e-s atteint-e-s de la COVID-19.Maintenant, nous comptons malheureusement le décès d’un détenu, en plus de l’hospitalisation de plusieurs détenus et d’un employé. Au début, innocemment, l’employeur pensait que nous ne serions pas touchés par la crise et n’écoutait aucune recommandation faites par les employé-e-s et dictées par le gros bon sens. La pandémie ayant finalement été prise au sérieux, le SCC n’a eu d’autre choix que de mettre en place nos recommandations, mais le mal était déjà fait dû à ce retard. »

-Réal Tessier, président local, Centre Fédéral de Formation à Laval (SCC)

« À titre de présidente locale, je peux vous dire que plusieurs de nos membres croient que le SCC a minimisé la situation en tardant à appliquer les mesures annoncées par nos gouvernements et en n’appliquant pas de plan immédiat de réduction des effectifs ou de mesures de prévention musclées de désinfection et de modification des procédures dans nos établissements. Le résultat à l’Établissement Joliette a été catastrophique, c’est 49 employé-e-s et plus de 50 détenues qui ont été infecté-e-s. »

-Dominique St-Jean, présidente locale, Établissement Joliette (SCC)

« À l’Établissement de Port-Cartier, le syndicat et les employé-e-s ont rapidement été préoccupé-e-s par une potentielle menace d’éclosion du coronavirus entre nos murs. Malheureusement, j’ai observé que les mesures concrètes ont tardées à venir et que le sérieux de la situation semble avoir été considéré seulement suite à la confirmation des premiers cas, qui ont augmentés rapidement. Un total de 26 employé-e-s et 16 détenus furent infecté-e-s. Bien que stable actuellement, la situation avait le potentiel d’être bien pire. Puisque nous appréhendons l’arrivée d’une deuxième vague du virus d’ici les prochains mois, il sera important d’approcher la situation de façon préventive et collaborative, plutôt que réactive. »

-Jonathan Beaupré, président local, Établissement de Port-Cartier (SCC)

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Le SESJ représente plus de 16 000 employé-e-s de la fonction publique fédérale qui évoluent au sein de différents ministères et organismes fédéraux dans le domaine de la sécurité ou de la justice. La majeure partie des membres du SESJ sont des employé-e-s du SCC dans les établissements à sécurité minimale, moyenne et maximale du fédéral, centre correctionnels communautaires, ainsi que dans les bureaux d’agents de libération conditionnelle à la grandeur du Canada. Le deuxième groupe en importance de membres du SESJ est constitué d’employé-e-s de la GRC. http://www.usje-sesj.com/fr/