Le gouvernement Trudeau a une vision nettement différente des services correctionnels au niveau fédéral

24 septembre 2018


Article d’opinion de Stan Stapleton, président du Syndicat des employé-e-s de la Sécurité et de la Justice, publiée dans le Hill Times, le lundi 17 septembre 2018

Voilà trois semaines, le ministre Goodale publiait pour la toute première fois sa lettre de mandat à la nouvelle commissaire du Service correctionnel du Canada. La nouvelle commissaire, Anne Kelly, est une employée chevronnée du Service correctionnel, ayant commencé sa carrière comme agente fédérale de libération conditionnelle avant de devenir gestionnaire principale il y a plus de dix ans. Le fait de rendre la lettre de mandat publique a été un pas important vers une plus grande transparence pour cet organisme fédéral.

La nomination de Mme Kelly en août est un autre signal clair que le gouvernement Trudeau a une vision nettement différente des services correctionnels au niveau fédéral. Contrairement à l’accent mis sur les peines correctionnelles plus longues dans les prisons fédérales de l’ère Harper, le ministre Goodale s’est concentré sur l’amélioration des résultats de réadaptation et la réinsertion réussie des individus dans la collectivité.

C’est important parce qu’à compter de la date d’expiration du mandat d’un délinquant, le gouvernement fédéral a peu de pouvoirs pour imposer des conditions ou une libération conditionnelle aux délinquants qui quittent la prison. L’attention du ministre Goodale a aussi été attirée par trois comités de la Chambre des communes, le Comité des comptes publics, le Comité de la sécurité publique et le Comité de la condition féminine, qui ont tous étudié l’expérience des délinquantes et des délinquantes autochtones en particulier.

Le printemps dernier, les comités de la sécurité publique et de la condition féminine ont chacun publié des rapports avec un total combiné de plus de 100 recommandations. Leurs rapports respectifs sont à la fois exhaustifs et avant-gardistes. L’enquêteur correctionnel, Ivan Zinger, a dit qu’il s’agissait d’une nouvelle feuille de route pour les services correctionnels fédéraux.

En 2017, le Comité des comptes publics a aussi passé le Service correctionnel à tabac pour son traitement différencié des délinquants fédéraux autochtones. Le rapport a incité le Service correctionnel à établir des centres d’intervention autochtones, dont beaucoup sont virtuels, afin d’assurer une meilleure surveillance du sort des délinquants autochtones.

Il est clair que, sur cette seule base, beaucoup de choses ont été faites, et encore plus restent faire. Mais pour réussir à concrétiser la vision articulée par le ministre Goodale dans sa récente lettre de mandat, il y a beaucoup de pièces mobiles qui doivent être alignées.

Le Service correctionnel du Canada a été en proie à des lieux de travail toxiques et troublés où le dysfonctionnement et le harcèlement ont couvé pendant des années. Bien que des efforts importants aient été déployés pour aborder certaines de ces dysfonctions dans quelques établissements, une telle toxicité a eu des effets en cascade pour les employé-e-s qui se présentent au travail chaque jour pour offrir des services de réadaptation et de soutien. Dans plusieurs cas, la toxicité persiste.

En outre, il n’y a pas eu de nouveaux investissements dans la libération conditionnelle et les agent-e-s de programme qui accomplissent le gros du travail avec les délinquants. La technologie désuète, la couverture inexistante pour les agent-e-s de programme et de libération conditionnelle qui sont en congé de maladie ou autorisé, le soutien administratif extrêmement limité et une politique de non-rémunération des heures supplémentaires engendrent de véritables défis à l’intérieur et à l’extérieur des prisons du Canada.

Dans de nombreux cas, la paperasserie prend les dessus sur le réel travail où les agent-e-s de libération conditionnelle et de programme établissent des relations avec les délinquants. Les coûts personnels et professionnels pour certains des employé-e-s les plus travailleurs et travailleuses des services de sécurité publique du Canada sont immenses.

En 2012, les agent-e-s de libération conditionnelle ont aussi été contraints d’accepter plus de délinquants dans leur charge de travail; trente dans un établissement à sécurité maximale et 25 dans un établissement à sécurité minimale. Combiné à l’impératif de faire sortir les délinquants fédéraux dans la collectivité aussi rapidement (et de façon responsable) que possible, cela a grandement augmenté la pression pour de nombreux employés fédéraux et de nombreuses employées fédérales.

L’accélération des audiences de libération conditionnelle (pas une petite tâche, compte tenu des évaluations de risque exhaustives qui doivent être faites), la surveillance de l’activité des gangs, la réalisation d’une histoire sociale autochtone (le cas échéant), le fait d’assurer que les délinquant-e-s achèvent les programmes correctionnels appropriés rapidement, la facilitation des diagnostics de santé mentale et le transfert des délinquants vers une prison de sécurité inférieure à mesure qu’ils progressent font tous partie de la nouvelle réalité au Service correctionnel.

Une fois à l’extérieur, les agent-e-s de libération conditionnelle dans la collectivité sont confrontés à de nombreux délinquants qui n’ont pas encore obtenu de pièce d’identité du gouvernement et qui n’ont pas reçu de soutien adéquat pour la santé mentale et les toxicomanies depuis de nombreuses années. Les perspectives de logement et les possibilités d’emploi sont gravement compromises en conséquence, ce qui augmente le risque que les individus reprennent leurs vieilles habitudes et réintègrent des réseaux axés sur la criminalité.

Enfin, les services de santé et les programmes culturels sont rarement financés par le Service correctionnel, ce qui signifie que les agent-e-s de libération conditionnelle s’appuient sur des services communautaires inadéquats financés par les provinces et les territoires.

Il ne fait aucun doute que les prisons du Canada sont accablées de personnes ayant des besoins complexes, des enfances traumatiques et un faible niveau de scolarité, dont beaucoup ont été profondément touchés par le long legs des pensionnats. L’accent renouvelé sur la réadaptation appropriée et l’acquisition de compétences est quelque chose que les agent-e-s de libération conditionnelle et de programme, les enseignants, les bibliothécaires, CORCAN, et les employés des services alimentaires accueillent de tout cœur.

Le mandat du Service correctionnel du Canada est, simplement dit, de corriger les comportements qui ont fait en sorte qu’une personne soit contrainte de purger une peine fédérale. Heureusement, le gouvernement Trudeau a retourné le Service correctionnel à sa fonction originelle. Il est maintenant temps d’investir pleinement dans les employés et les services de sécurité publique qui peuvent y arriver.

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