Notre système correctionnel fédéral a de solides assises

18 octobre 2018

Stan Stapleton, Président national du Syndicat des employé-e-s de la Securité et de la Justice, The Hill Times, le mecredi 17 octobre 2018


Travailler pour préparer les détenus fédéraux à retourner en toute sécurité dans nos collectivités – c’est ce que nous faisons tous les jours.

Tout comme des millions de Canadien-ne-s se présentent au travail chaque matin, des milliers d’employé-e-s canadien-ne-s de la sécurité et de la justice se dirigent vers les établissements fédéraux et les bureaux de libération conditionnelle et établissements correctionnels communautaires dans le but de réadapter 16 000 membres de la population carcérale fédérale.

Le transfert de Terri-Lynne McClintic vers un pavillon de ressourcement tout en purgeant sa peine pour un crime horrible a suscité l’indignation du public. Et en tant que père de deux filles adultes, je ne peux qu’imaginer la douleur éternelle de Rodney Stafford, père de Victoria Stafford, petite fille de 8 ans.

Je suis aussi, en l’occurrence, un employé fédéral depuis trente ans dans des établissements fédéraux à sécurité maximale et moyenne et l’un des nombreux fonctionnaires qui travaillent chaque jour à préparer les délinquant-e-s pour leur réinsertion éventuelle dans la société.

Par conséquent, il vaut la peine de faire la lumière sur la façon dont notre système de réadaptation fonctionne.

La réadaptation n’est pas quelque chose que les délinquant-e-s sous responsabilité fédérale choisissent. Il s’agit de la priorité pour tous ceux qui arrivent dans un établissement fédéral.

En 1980, j’ai commencé ma carrière comme agent correctionnel (garde). Après 22 ans, j’ai quitté les rangs des agents correctionnels pour devenir un agent des programmes sociaux.

Si vous contrevenez à la loi et qu’on vous condamne à l’emprisonnement pour deux ans ou plus, vous purgerez votre peine dans un établissement fédéral. Beaucoup d’avocats travaillent d’arrache-pied pour éviter un tel sort à leurs clients, sachant pertinemment bien que cela peut s’avérer difficile.

Les établissements fédéraux canadiens sont des endroits difficiles, et les tensions peuvent être élevées, car des centaines d’individus brisés, parfois pathologiques, sont logés sous le même toit.

Les gangs sont devenus un phénomène omniprésent dans de nombreux établissements, aggravant davantage les relations sociales déjà dysfonctionnelles entre et parmi les prisonniers.

La menace de violence, même dans les prisons à sécurité plus élevée, peut être omniprésente. Les prisons pour femmes ne sont pas immunisées contre bon nombre de ces dynamiques.

C’est l’environnement dans lequel les agent-e-s de libération conditionnelle, les agent-e-s de programme, les enseignant-e-s, les agent-e-s de liaison autochtone, les aînés, les bibliothécaires et les employé-e-s des services alimentaires se lancent sur la voie de la réadaptation avec chaque délinquant-e fédéral-e qui leur est envoyé-e.

Presque immédiatement après leur condamnation, les personnes sont évaluées dans un établissement fédéral en fonction de « l’infraction à l’origine de la peine » (leur crime le plus récent) et de leurs antécédents criminels à plus long terme. Leur niveau de risque, y compris leur propension à la violence, est également considéré.

Un examen superficiel de leurs besoins en santé mentale, y compris de leurs antécédents de toxicomanie, est également entrepris. S’ils sont Autochtones, une histoire sociale autochtone doit être rédigée. Il n’y a pas de test pour le patrimoine autochtone, alors l’identité est basée sur l’auto-déclaration.

Une fois terminé, un-e agent-e fédéral-e de libération conditionnelle, à qui est confiée une charge de travail de 25 à 30 délinquant-e-s sous responsabilité fédérale, élabore un plan correctionnel qui sert de point de repère.

La participation aux programmes correctionnels, de mise à niveau de l’éducation et de comportement pro-social, entre autres, est un indicateur que la personne se conscientise par rapport à son besoin de changement et à sa capacité de changer.

À mesure que les délinquant-e-s progressent dans leurs plans correctionnels, les agent-e-s de libération conditionnelle formulent régulièrement des recommandations sur la descente vers des niveaux inférieurs de sécurité, et les transferts à d’autres institutions, y compris les pavillons de ressourcement. Là où il n’y a pas de progrès, les individus peuvent demeurer là où ils ou elles sont ou être reclassifié-e-s à un niveau de sécurité plus élevé. Les directeurs et directrices d’établissement ont le dernier mot.

Plusieurs agent-e-s de libération conditionnelle vous diront que les personnes condamnées à perpétuité, comme Mme McClintic, sont plus enclines, en raison de leur peine prolongée, à « faire partie du programme » – c’est-à-dire de comprendre qu’ils ont des décennies devant elles et que la résistance ne les mènera pas loin.

Dans des environnements tendus comme les établissements fédéraux, cependant, les délinquant-e-s peuvent perdre le contrôle, et les milieux très perturbés d’où ils proviennent peuvent se répéter, particulièrement dans les premiers jours d’une peine.

La réadaptation peut aussi présenter un défi lorsque les ressources sont rares, que les charges de travail sont écrasantes, que les programmes correctionnels changent constamment et que ceux qui sont en première ligne ne sont pas en mesure de partager pleinement leur expertise.

Depuis que le gouvernement libéral a pris le pouvoir, trois comités de la Chambre des communes ont formulé plus de 100 recommandations pour améliorer les résultats des délinquant-e-s dans les établissements fédéraux. Il ne fait aucun doute qu’il y a beaucoup à faire, et le ministre fédéral Ralph Goodale s’emploie à apporter des changements.

Mais il est aussi important d’avoir confiance dans le Service correctionnel tel qu’il existe à l’heure actuelle. Bien qu’ils ne soient pas parfaits, ceux qui se présentent tous les jours pour travailler avec des détenu-e-s que la plupart des Canadiens et Canadiennes considèrent comme étant irrémédiablement endommagé-e-s, répréhensibles ou non dignes de leur humanité croient qu’il y a de l’espoir dans des endroits inattendus.

Les nouvelles surprenantes sont que, pour la majorité des délinquant-e-s fédéra-les-ux, le changement est en fait possible. Tant qu’il y a de solides fondements et les ressources nécessaires pour les établissements fédéraux et la collectivité pour appuyer le travail de réadaptation, les Canadien-ne-s n’ont pas à craindre que le système ait mal tourné.